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ERGOTHERAPIE et centre de jour EN SANTE MENTALE ET PSYCHIATRIE

 

 

APPROCHE SOCIALE ET COMMUNAUTAIRE DE L’ERGOTHERAPIE ET DU CENTRE DE JOUR DE L'ASSOCIATION ARCADE 84

 

Notre approche sociale et communautaire de l'ergothérapie et du centre de jour est avant tout une pratique. Celle-ci s’est construite à partir de l’expérience menée depuis 20 ans dans le cadre du Centre de jour et du Centre d’ergothérapie de l’Arcade 84.

Pour nous, elle n’a pas valeur de modèle, et nous l’inscrivons dans un courant qui privilégie  une approche globale des troubles et des souffrances psychiques dans le cadre d’une politique de santé mentale solidaire et responsable.

Les valeurs que nous défendons sont :

          la solidarité

          le partage

          la reconnaissance

 

L’Arcade 84 est un lieu de vie, de soins et d’activités destiné principalement à des personnes souffrant de troubles psychiques (Schuler et Riesen, 1998)

Elle est composée d’un Centre d’ergothérapie indépendant, organisé sous forme associative et régi par la loi fédérale sur l’assurance maladie (LAMal) et d’une association à but non lucratif, l’Association Arcade 84, qui gère un Centre de jour, selon les critères de l’Ofas et de la LIPH(Loi sur l'intégration des personnes handicapées)..

Les responsables et l’équipe travaillent dans les deux structures.

Cette formule permet de proposer deux types de prestations bien distinctes et complémentaires:

D’une part, des prestations d’ergothérapie dont la finalité est d’améliorer l’état psychique et l’autonomie des patients aux moyens d’activités de services, artisanales et créatives. Les prestations sont associées à la prise en charge médicale des patients.

D’autre part, des prestations sociales (accueil, entretiens, repas, activités) dont le but est de favoriser l’intégration, de permettre aux personnes de (re)découvrir leurs intérêts et de lutter contre l’isolement social. Ce sont des personnes dont les troubles psychiques persistent dans le temps, provoquant marginalisation et exclusion de la communauté. Une même personne peut bénéficier des deux prestations.

Ces prestations se pratiquent dans une arcade, ouverte aux habitants, en ville, disposant d’activités, d’un lieu de vie et de soutien thérapeutique. Chaque activité est sous la responsabilité d’un(e) ergothérapeute et d’un(e) animateur (trice). Les activités que nous proposons sont ainsi définies : un restaurant qui offre boissons et plat du jour. Une équipe, composée de 3 à 5 patients, prépare, le matin, le plat du jour. L’après-midi, une équipe de 2 personnes s’occupe de la vaisselle, rangement et service boissons ; un atelier informatique, pour découvrir l’ordinateur, apprendre depuis les bases du traitement de texte jusqu'à des programmes plus complexes, s’enrichir de la somme de connaissances disponibles sur Internet ou rentrer en communication avec les autres internautes ; un atelier bois, réparation de meubles et petite menuiserie, offre des possibilités de découvrir et d’exercer cette activité, en lien avec les exigences d’une clientèle qui nous apporte ses meubles ; un espace d’activités de création et artisanales (peinture, céramique, photographie, cinéma-vidéo, atelier écriture) permet la stimulation et l’expression créative, toutes ces activités pouvant déboucher sur une présentation au public, clients du restaurant, sets de table pour l’atelier écriture et informatique, expositions pour l’atelier création et photographique. Ainsi le lien social, source de reconnaissance de son identité singulière, est concrétisé par cette dynamique.

Comme l’a démontré  R.Castel (1976), l’ensemble des éléments qui constituent une politique de santé mentale, sont complémentaires : le dispositif institutionnel, le code théorique (explications des troubles psychiques), le corps des professionnels, les technologies d’intervention (moyens thérapeutiques, les soins), le dispositif législatif (loi sanitaire et droits des patients). Les éléments dynamiques de ces pratiques sont la prévention et la promotion de la santé mentale, les soins et l'action sociale, la réadaptation et la réhabilitation.

La réhabilitation vise à rétablir les droits et les capacités d’une personne et à lui permettre de regagner l’estime de soi. Elle met l’accent sur l’intégrité et les forces de la personne. La réhabilitation psychosociale se base sur plusieurs principes (Deleu,1999). Les principaux  peuvent se décliner ainsi : les personnes ont le droit et la capacité de participer à la prise de décision concernant leur vie. Chaque personne, même fortement handicapée, est capable d’améliorer son niveau de fonctionnement. C’est la responsabilité du professionnel de développer le niveau d’attente que les personnes ont pour elles-mêmes, les aider à se percevoir comme capables de progrès. Une partie des interventions doit viser à changer l’environnement plus large de la personne, c'est-à-dire les attitudes et le mode de fonctionnement qui peut être un obstacle à leur intégration.

 

La réhabilitation psychosociale soutient la conviction que le travail, et spécialement l’opportunité d’aspirer et de se réaliser dans un emploi rémunéré sont un besoin et une force d’intégration. Elle est centrée sur le patient et son contexte de vie et elle implique une proximité d'action. Elle doit combattre la désinsertion, la discrimination et la ségrégation. Elle privilégie la continuité des soins et de l'accompagnement social dans un réseau de soins souple et articulé, hospitalier et ambulatoire. Ce réseau est à l'écoute de l'histoire et de la culture de ses habitants.

 

L’aspect central de cette politique est l'expression des besoins de rétablissement de leur santé, par les patients eux-mêmes, ainsi que le respect de leurs droits (Michel, 2001). Cette expression se réalise par la prise en compte du vécu subjectif de la souffrance et des troubles psychiques. La socialisation de cette connaissance peut s’accomplir dans les groupes de patients.

 

Dans notre projet centre de jour, ergothérapie sociale et communautaire en santé mentale, cette conception des droits et des besoins des usagers-patients, ainsi que le dispositif institutionnel et associatif, se concrétise comme un processus évolutif et interactif entre les membres du réseau. Ainsi le travail de réseau inter-disciplinaire et inter-institutionnel prend toute sa valeur.

 

Contexte socio-historique

 

Dans les années 1960-1970, le courant critique de la psychiatrie émerge au sein d’un vaste mouvement de remise en question des pouvoirs et des institutions de contrôle social (Foucault, 1977). Les institutions psychiatriques fonctionnent encore selon les principes de la fin du XIXème, début du XXème siècle : le patient est considéré comme incurable, irresponsable et souvent dangereux (Goffman, 1968).

En automne 1973, se crée au niveau européen le « Réseau d’alternatives à la psychiatrie ». Il aura, au printemps 1974, suite à une assemblée générale qui se tient à Lausanne, un secrétariat romand dans lequel les fondateurs de l’Arcade 84 seront très actifs. A Genève, le réseau est important, il compte plus de cent membres. Plusieurs patients souffrants psychiques y militent et proposent de créer ce qui sera l’Adupsy ( Association de défense des usagers de la psychiatrie). Leur exigence est de constituer un mouvement de revendications et de dénonciations mixtes, c'est-à-dire composé aussi de travailleurs de la santé ( médecins psychiatres, infirmiers, assistants sociaux, ergothérapeutes,…), de proches, d’amis, de juristes et d’avocats. Il s’agit de changer la législation en faveur des droits des patients (Forum Santé, 2003), de faire reculer les pratiques psychiatriques autoritaires, surtout pour les traitements, de leur redonner parole, espoir et dignité.

En Europe, le patient est souvent hospitalisé contre sa volonté, et subit des traitements sous contrainte. La psychiatrie biologique domine la pratique thérapeutique. Le plus souvent, l’institution est dirigée par les médecins. Ils détiennent le pouvoir médical et administratif. Ils régissent la vie quotidienne dans un univers clos où des abus de pouvoir (violence physique et symbolique envers les patients) peuvent se développer (Steinauer, 1977).

C’est dans ce contexte qu’un désir de changement se concrétise au travers d’expériences alternatives qui vont se réaliser en Europe. Il s’agit alors de transformer le dispositif institutionnel, les pratiques thérapeutiques, le statut du patient ainsi que la fonction du thérapeute pour que les politiques et les pratiques en  santé mentale changent de fait.

Ces nouvelles pratiques thérapeutiques et sociales tentent de répondre aux besoins de reconnaissance de dignité et d’humanité des patients. Par exemple en France, la psychothérapie institutionnelle (Tosquelles, 1984) tente de faire valoir le développement des thérapies relationnelles comme essentiel pour rendre la parole aux patients. Le dispositif institutionnel est ainsi conçu comme un espace de soins et non plus comme un espace d’enfermement et de contrôle des patients. En Angleterre (Barnes et Berke, 1973), les communautés thérapeutiques accueillent les patients en crise psychiatrique en limitant au maximum l’utilisation des moyens de contention physique et des médicaments.

En Italie, la fermeture des hôpitaux psychiatriques (Basaglia, 1970) au profit de services socio-sanitaires implantés dans le territoire et les hôpitaux généraux préfigurent le développement important des structures intermédiaires en Europe : foyers, appartements protégés, appartements individuels accompagnés, services de soins et aide à domicile, entreprises sociales et solidaires, services pour la promotion des droits des patients, création de groupes de patients, espaces de formation et de placement spécialisés, lieux de rencontres et de création artistique, organisations de loisirs et d’espaces culturels en lien avec la communauté.

Toutes ces réalisations ont un dénominateur commun : lutter contre toutes les discriminations,  ségrégations et exclusions des personnes souffrants de troubles psychiques de l’espace et du bien commun et valoriser la culture du lien social, la responsabilité individuelle et collective, la solidarité.

Actuellement, dans nos régions, le dispositif institutionnel est dominé par le concept de la sectorisation ou régionalisation. A un bassin de population donné ( entre 100.000 et 120.000 habitants) correspond un secteur qui comprend : une unité hospitalière, un centre de consultation, un centre de thérapie brève ou hôpital de jour, un service psychiatrique à l’hôpital général, un centre de consultation d’urgence et de crises, un ou des foyers et ateliers de réhabilitation. A ce dispositif s’ajoutent des services spécialisés pour les enfants, les adolescents, les personnes âgées, les troubles de la dépendance. Ce concept est basé sur la continuité des soins et de l’accompagnement social. Dans le meilleur des cas, les institutions publiques qui constituent ce réseau collaborent avec le réseau privé (médecins indépendants) et associatif (Jeanson, 1979).

Aujourd’hui, l’approche intégrée des soins, de l’action sociale et communautaire dans laquelle s’inscrit l’ergothérapie et le centre de jour est une perspective nouvelle. Elle n’est pas encore réalisée. Mais elle est demandée de plus en plus ouvertement par les patients et les groupes de patients. C’est pour eux la possibilité de choisir, en partenariat avec les soignants et travailleurs sociaux, les différents modèles d’institutions, de pratiques thérapeutiques et sociales qui correspondent au plus près aux soins, à l’accompagnement social que nécessite l’état de leur santé et leur système de valeurs.

 

Genève, le 17.07.2010

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Pour publication : Ergothérapie en psychiatrie, Approche sociale et communautaire

Roger Schuler - Alain Riesen

 

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